Le PNUD lutte contre l'exclusion et la discrimination à l'encontre des jumeaux et de leurs parents biologiques à Mananjary

17 juin 2013

imageDes membres de l'association "Tsy manary zaza"

Le PNUD en collaboration avec la région de Vatovavy Fitovinany a procédé le 17 juin à l'inauguration du foyer communautaire destiné aux familles de l'association « Tsy manary zaza » qui signifie «Ceux qui n'abandonnent pas leurs enfants». La construction de ce foyer communautaire est le fruit d'un partenariat entre les autorités régionales notamment la Mairie de Mananjary, la Principauté de Monaco et le PNUD. Il a pour vocation première de lutter contre l'exclusion et la discrimination dont sont victimes les parents biologiques qui ont opté de ne pas abandonner leurs jumeaux à la naissance, malgré les pressions sociales. En effet dans la partie sud-est de Madagascar, une croyance ancestrale dont l'origine remonte à la nuit des temps pousse certaines ethnies à considérer comme une malédiction " fady" les naissances gémellaires.

Selon la légende le sermon fait aux anciens exige que les parents abandonnent immédiatement à leur naissance les enfants jumeaux. S’ils décident de faire fi de la coutume et de garder les jumeaux, ils sont alors exclus de la communauté. C'est ainsi que plusieurs centres accueillant les jumeaux abandonnés ont vu le jour à Mananjary.

Ce foyer permettra de restaurer la dignité aux femmes et aux parents biologiques exclus de leur communauté à travers des formations sur des activités génératrices des revenus et de réduction de leur précarité économique tout en faisant valoir leurs droits fondamentaux à une vie décente à travers des activités de plaidoyer permanentes.

Outre l'aspect lieu de rencontres et d'échanges ce foyer communautaire, bâti sur un terrain offert par la commune de Mananjary, offre aux familles des jumeaux et à la population hôte la possibilité d'accéder à des services concrets et opérationnels, tels que :

  • la Plateforme multifonctionnelle qui permettra aux femmes de produire et de transformer leur production et de créer la base d’une dynamique de développement local. Avec le temps gagné sur le décorticage et le broyage des céréales, les femmes pourront se consacrer aux activités de coupe et couture, d'alphabétisation, de cours de cuisine, de transformation des produits locaux, d'apprentissage des cultures maraîchères dispensées dans la grande salle polyvalente du foyer communautaire.
  • un château d'eau et les infrastructures sanitaires qui permettront à ces familles de vivre dans un environnement sain.

Une cinquantaine de personnes dont une vingtaine des mères et une trentaine d'enfants vont bénéficier de services ce foyer communautaire.

"Même si ce foyer représente un petit pas vers le respect d'un droit fondamental, celui de vivre sous le même toit que ses enfants, le système des Nations Unies continue de déplorer le sort réservé aux familles qui acceptent de garder leurs enfants jumeaux. Ici à Mananjary des dizaines de Mères continuent d'abandonner leurs enfants après les avoir porté pendant 9 mois dans leur ventre parce que tout simplement ces enfants sont des jumeaux et des dizaines de femmes font encore l'objet d'exclusion par la communauté parce qu'elles ont accepté de garder leurs enfants jumeaux » a déclaré Fatma Samoura, Représentante Résidente du PNUD, avant de procéder à l'exhibition de la plaque commémorative du foyer à l'association « Tsy manary zaza ».

Le représentant du Chef District et le Maire de Mananjary ont exprimé leur satisfaction et reconnaissance pour l'action entreprise par le PNUD et ont par la même occasion, interpellé les autorités à emboiter le pas en intégrant ces familles dans la communauté. « Si les gens qui sont venus d'ailleurs acceptent ces familles à travers ce geste noble, pourquoi nous leurs proches, devrons-nous les discriminer ?» a-t-il martelé.

L'inauguration du foyer communautaire coïncide avec la célébration de la Journée internationale de la protection de l'enfant, une journée de réflexion pour les familles des enfants jumeaux de Mananjary.

Le maire de Mananjary a fait remarquer qu'un changement est en train de s'opérer non seulement sur le plan matériel et structurel à travers la construction de ce foyer mais surtout sur le plan de l'attitude psychologique et rural de la communauté locale et qui se traduit par l'acceptation de l'intégration progressive de ces familles dans les communautés locales, chose impensable il y a quelques années. « Ces familles commencent à reprendre confiance en leur avenir et à retrouver progressivement leur sourire et leur fierté. » a-t-il déclaré.

Le PNUD invite d'autres partenaires à apporter leur pierre à l'édifice afin que ces familles puissent bénéficier d'un toit décent pour vivre en harmonie avec les enfants. La BFV/SG compte déjà parmi les potentiels bailleurs car elle prévoit construire, par l'approche de « Chantier-école », en partenariat avec le Lycée Technique de Mananjary quelques cases pour ces familles. L'Association de Médecins d'Italie, dénommé « ONLUS LAURA », compte également s'impliquer dans le domaine de la santé.

Le Système des Nations Unies a commencé son plaidoyer après l'étude qui a été réalisée par l'UNICEF et relative à la problématique des enfants jumeaux. Plusieurs ateliers organisés à Mananjary avec la participation des acteurs locaux sur la protection des droits des enfants et la problématique de l'abandon des jumeaux ainsi qu'un voyage d'échange d'expérience au Sénégal en faveur des Mpanjaka ou rois traditionnels qui perpétuent la pratique ancestrale contribuent à la prise de conscience des communautés concernées sur la nature néfaste de certaines coutumes.