4 mois après le Cyclone Enawo, des emplois temporaires pour aider les plus pauvres

13 juil. 2017

Marie Beby, une bénéficiaire du projet. Pour elle, le système d'alerte précoce a permis de limiter les dégats du cyclone Enawo. ©PNUD Madagascar/Raj Hassanaly

Madagascar produit 80% de la production mondiale de vanille. Le district d’Antalaha, situé dans le nord-est du pays, fait partie des zones de hautes productions de cette précieuse orchidée. 4 mois après le passage du cyclone Enawo, la ville peuplée d’environ 132 000 habitants essaie de remettre le développement local sur les rails et réduire l’extrême pauvreté.

Le 7 mars 2017, Enawo, un cyclone tropical de catégorie 4 frappe de plein fouet Madagascar. La ville d’Antalaha, sa porte d’entrée dans la grande île de l’océan indien subit des vents violents avec des rafales comprises entre 200 et 300 km/heure. Enawo y restera plus de 36 heures.

De par de sa position géographique face à la trajectoire du cyclone, Antalaha a vu échouer sur sa plage plus de 170 000 Tonnes de débris végétaux et animaux.  Si le cyclone a causé de nombreux dégâts matériels ainsi que des pertes humains, des milliers de troncs d’arbre, branches et autres débris de bois pétrifiés mêlés à des cadavres d’animaux ont échoué sur 7km de plage de la commune. Plus de six semaines après le cyclone, malgré des efforts fournis par les acteurs locaux, plus de la moitié des débris jonchaient encore les plages dont la dégradation poussée présentait non seulement un grand risque sanitaire pour la ville,  mais  limitait également l’accès à la mer à ceux qui y ont des activités économiques.

Une aide humanitaire prioritaire. Et après ?

Eddie Serge FERNAND, Maire de la ville d’Antalaha précise : «  Apres le cyclone, les aides étaient principalement alimentaires et en reconstruction alors que l’état de la plage présentait un énorme risque sanitaire et environnemental. La commune ne pouvait gérer toute seule un tel travail colossal ». C’est ainsi que le PNUD a soutenu un projet de relèvement précoce conjointement monté avec la Commune urbaine d’Antalaha qui a permis à la ville de retrouver sa propreté et son économie locale, tout en réduisant la vulnérabilité des victimes du cyclone.

350 emplois temporaires de déblayage et de gestion écologique des débris ont été créés sous l’approche « argent contre travail » afin d’aider les personnes les plus vulnérables à obtenir des revenus pour acheter de la nourriture et autres produits de base. Les zones portuaires et de pêche ont été les premières à être nettoyées afin de permettre rapidement l’accessibilité pour ceux qui ont des activités liées à la mer et réduire parallèlement le risque sanitaire.

Comme beaucoup, Claudine, 55 ans, a perdu sa principale source de revenu suite au passage du cyclone, elle est considérée comme étant une personne vulnérable. Ses enfants ne pouvant la soutenir financièrement, elle ne doit compter que sur elle même pour s’en sortir alors qu’elle ne possède aucune qualification pour obtenir un emploi. Bénéficiaire du projet “argent contre travail”, témoigne: « Avant le cyclone je récoltais du riz dans la rizière familliale, mais le cyclone a détruit une partie de notre plantation et le peu que nous avons pu sauver nous a été volé. J’ai accepté de venir travailler sur la plage car cela me permet de me nourrir en attendant la prochaine récolte d’octobre ». A l’instar des autres bénéficaires, Claudine gagne 5000 ar (environ 1,25 usd) à titre de salaire par demi-journée de travail.

Les critères de vulnérabilité ont été identifiés de manière inclusive avec les chefs de quartier d’Antalaha.  Ainsi les bénéficiaires sont essentiellement constitués de personnes dont les habitations ont été partiellement ou totalement détruites par Enawo. Parmi elles, la priorité est accordée aux femmes cheffes de ménage, aux chefs de familles nombreuses avec présence de personnes âgées ou handicapées, et aux jeunes vendeurs de fruits; 234 femmes âgées de 27 à 60 ans sont les cibles de cette initiative.  

M. Carlos Munoz, Spécialiste en gestion des risques et catastrophes au PNUD Madagascar explique : « Ces emplois temporaires « argent contre travail » ont le triple objectif de fournir aux victimes des moyens immédiats de subsistance et restaurer l’économie locale, de promouvoir l’épargne afin de permettre la création d’activités génératrices, et de renforcer les capacités de la Commune Urbaine d’Antalaha pour faire face au défi d’enlèvement de débris suite à une catastrophe naturelle et dans la gestion et la valorisation des déchets respectueuses de l’environnement. »

Le volet écologique du projet : faire du compost avec les débris pétrissables

Que faire avec les tonnes de débris ? L’activité « argent contre travail » ne se limite pas au simple nettoyage de la plage. 7 camions ont été mobilisés pour l’évacuation des débris vers un site de décharge où d’autres bénéficaires se chargent du tri et du compostage.Chaque camion transporte entre 12 à 15 tonnes de débris végétaux par jour. Une approche écologique qui rejouit les cultivateurs de vanille, fortement intéressés par ce compost qui va leur permettre de fertiliser leurs champs et par la même occasion engendrer des recettes à la commune.

Enawo, des leçons à retenir ?

Marie Beby, 50 ans, travaille à la décharge. Pour elle, l’alerte précoce diffusée à la radio trois jours avant le cyclone a permis de limiter les dégats : «Il y a eu beaucoup de cyclones qui sont passés dans notre localité d’Antalaha, celui qui nous a le plus affecté était Hudda, puis il y a eu Gafilo. Avec Enawo, lorsqu'on a eu l'alerte précoce, il y a eu trois jours pour se préparer. Le cyclone a fait des dégâts, mais on a pu mieux s’en sortir. On a suivi plusieurs formations pour se préparer au passage de cyclone. Nous essayons de faire face pour réduire les dommages occasionnés par les cyclones ».

A Madagascar, les appuis du PNUD dans la gestion des risques et catastrophes ont permis de doter le pays d’outils et de dispositifs de préparation et de réponse. Ces interventions ont aussi permis d’améliorer les capacités du gouvernement et des populations en relèvement précoce.

Plus précisément, l’approche stratégique du PNUD consiste en la mise à jour annuelle du Plan de Contingence National axé sur les cyclones et les inondations. Ce plan permet d’améliorer la préparation des institutions et de la population à faire face aux catastrophes, et par la même occasion limiter les pertes humaines et matérielles ; une nécessité pour cette île vulnérable aux cataclysmes.

Enfin, des programmes de formation sur la réduction des risques et catastrophes ont été élaborés à destination des élèves des écoles primaires et secondaires. Des exercices de simulation ont été aussi menés pour mieux préparer les institutions et les communautés à faire face à la survenance d’une catastrophe naturelle.

Texte : Ramatoulaye Moussa, Chargée de communication, PNUD Madagascar