Bientôt une vraie maison!

01 avr. 2014

imageGustave et Caroline et leurs derniers jumeaux

Six mois après la construction du foyer communautaire destiné aux familles des jumeaux à Mananjary à Ambatolambo, l'association Tsy Manary zaza ou "ceux qui ont décidé de garder leurs jumeaux" et donc de boire le "rom-boay" ou bouillon  de crocodile en bravant la tradition antambahoaka qui exige que les jumeaux soient abandonnés à leur naissance, a entamé la construction du logement relai prévu pour abriter les familles marginalisées.


Sous un soleil de plomb, une quinzaine de jeunes s'activent sur le chantier d'Ambatolambo Mananjary, le terrain des jumeaux. Ils font partie des apprentis ouvriers en formation au Lycée Technique Professionnel (LTP) de Mananjary, inscrits en 2eme et 3eme année de formation en construction et bâtiment. Ces étudiants sélectionnés viennent tous les jours au "chantier des jumeaux" pour mettre en pratique leur apprentissage et parfaire leur formation. Truelle, taloche, fil à plomb en main pour les uns, pelle, pique ou autre outillage de construction pour les autres, tous s'attellent à finir dans les temps la fondation du bâtiment. Les femmes de l'association quant à elles, se relaient pour l'approvisionnement en eau, nécessaire au chantier-école. « Nous envisageons finir la construction du premier bâtiment pour les familles démunis de jumeaux à la mi-Mai. En attendant, sur la dizaine de tentes fournies  par le PNUD et ses partenaires, cinq tentes sont encore fonctionnelles." explique, fier d'apporter sa part de brique à la noble cause de réinsertion des jumeaux antambahoaka et leurs parents biologiques, Ny Onja Ramanandafy, volontaire des Nations Unies (VNU) du PNUD, nouvellement installé à Mananjary pour appuyer l'encadrement technique de la construction des logements. 


Caroline et Gustave, qui figurent parmi les rares parents qui ont décidé de ne pas se séparer  de leur progéniture, leurs 6 enfants jumeaux, vivent provisoirement sous une de ces tentes, depuis octobre 2013. «En 2005, Dieu m’a donnée, le meilleur des cadeaux, mes deux jumeaux. Cette année était aussi le début de mon calvaire pour mon époux, mes jumeaux et  moi-même. La famille de mon mari, par respect du tabou qui frappe les jumeaux, m'a demandé d'abandonner mes enfants. Ce que j'ai refusé de faire, alors on nous a demandé de quitter la communauté et de partir loin de notre village", raconte Caroline. En regardant son mari, assis à coté d'elle, elle poursuit : "J'ai discuté avec mon époux et ensemble nous avons décidé de respecter nos vœux de mariage, pour le meilleur et pour le pire et donc de garder nos jumeaux".  Gustave rajoute : «La vie est difficile chez nous lorsqu'on est parents de jumeaux, alors imaginez notre sort nous qui en avons six. Nous avons dû déménager dix fois depuis. Dès que nos bailleurs savent que nous élevons des jumeaux, ils nous mettent  à  la porte sans autre forme de procès et nous demandent en plus de verser de l’alcool dans la maison pour le « ota fady » (pour conjurer le sort).  Pour clore ce douloureux récit, Caroline confie : « Le plus dur pour moi, ce fut quand on nous a obligés de déménager en plein passage du cyclone alors que mes deuxièmes jumeaux avaient à peine quelques mois. Ici au foyer,  nous habitons certes  sous des tentes qui sont assez délabrées à cause des intempéries, mais nous y sommes chez nous. Nous n’avons pas peur d’être expulsés ».*


La famille de Caroline et de Gustave fait partie des membres de l’association « Tsy Manary Zaza » qui ont trouvé refuge à Ambatolambo.  En effet, suite aux divers plaidoyers menés depuis 2007 par les Ministères de la Justice, de la Population et l’élan de générosité en faveur  de la réinsertion communautaire des jumeaux et de leurs familles, renforcé lors d’un atelier organisé par le Programme de Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance(UNICEF) en partenariat avec les Ministères de la Justice, de la Population et le Réseau National de Protection des Droits des Enfants en 2012, la mairie de Mananjary s’est engagée à mettre à disposition de l’association un terrain de la commune. Avec l’appui du PNUD et de la Principauté de Monaco, un foyer communautaire y a été bâti en 2013 pour permettre aux membres de l’association de tenir leur réunion et de suivre diverses formations. Avec les fonds mobilisés par l’association « Tsy Manary Zaza » et le plaidoyer mené par  le PNUD auprès de Fondation Société Générale à Paris et de la banque BFV SG à Madagascar deux bâtiments à 6 modules pouvant accueillir une douzaine de familles peuvent être construits dans un premier temps avec l’encadrement du LTP. Les travaux sont suivis par le VNU du PNUD  et la Commune de Mananjary.


Le partenariat avec le LTP et l’enrôlement des jeunes étudiants dans le chantier-école visent particulièrement la conscientisation et l’implication des jeunes de Mananjary pour de vrais changements culturels et sociaux. En tout cas, à une dizaine de mètres des tentes des familles de jumeaux, une clôture sépare la cour où habite Brigitte. Elle est aussi de l’ethnie Antambahoaka. « Je reconnais que nos traditions sont dures. Personnellement je m’attache à mon identité culturelle mais je comprends aussi le dévouement de ces parents qui ont choisi de quitter les familles et de renoncer au Tranobe » confie-t-elle. « En tout cas, nous n’avons connu aucun incident majeur en côtoyant les familles des jumeaux » renchérit-elle.


« La réinsertion communautaire des jumeaux et de leurs familles reste un combat de longue haleine car des villages et des chefs traditionnels antambahoaka restent encore inflexibles quand à lever l'interdit qui frappe les jumeaux et s’attachent farouchement au respect de ce tabou  » confie Samuel Martel Razafindrakoto, Maire de Mananjary. « Avec l’engagement de toutes les parties prenantes et l’appui des partenaires, notamment du PNUD, nous avons fait un pas en avant remarquable. Ces acquis en matière de sensibilisation et d’appui économique de ces familles de jumeaux qu’on a commencé à mener doivent être capitalisés et renforcés, d’autant plus que les bâtiments en cours de construction ne sont justes que des logements relais. Ces familles ont encore besoin d’encadrement pour de véritables changements » conclut-il.

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