Les femmes de Farafangana, des modèles d’inspiration

07 mars 2014

imageMaritsara racontant le parcours des femmes de sa federation

Des pluies d’applaudissement à l’hôtel Huguette de Vangaindrano, un des districts de la région Sud Est de Madagascar, la salle de restauration de l’hôtel s’est transformée en salle d’atelier comme pour toutes les occasions spéciales organisées dans cette ville située à seize heures de route de la capitale. A la veille de la journée internationale de la femme, le Ministère de la population et des actions sociales y a tenu une séance d’information et de sensibilisation sur la notion de genre, avec l’appui de ses partenaires dont le système des Nations unies. Le Maire de Farafangana Jean Christophe Razafimandramaro, Madame Madeleine, présidente de la fédération (huit unions) de femmes de Farafangana, Maritsara, présidente de l’union à Vohilengo, commune rurale de Farafangana, et Rabakara Ampanjaka, chef traditionnel de Farafangana viennent respectivement de prendre la parole devant une assistance constituée de représentants d’associations féminines des différentes régions de Madagascar, des responsables hommes et femmes auprès des services techniques décentralisés, des représentants de partenaires d’appui au développement du district, des autorités locales dont le chef de région, le chef de district, le maire, des membres  du gouvernement malagasy dont la ministre des Mines et la Ministre de la population et de l’action sociale.

Avec beaucoup de fierté, le Maire de Farafangana présenta Madeleine et Maritsara qui sont les portes-voix de 3200 femmes membres de la fédération de femmes de Farafangana. « Nous n’avons plus peur de nous exprimer devant les hommes. Grace aux formations que nous avons suivies et aux facilitations d’emprunts aux microfinances, nous avons monté nos activités. Nous cultivons du riz. Nous sommes dans le commerce. Nous sommes dans l’apiculture, dans la transformation agricole et alimentaire, dans l’artisanat (…) » bravant tout jugement, Madeleine essaya de synthétiser les changements opérés dans sa vie et celle de ces paires ces dernières années grâce à l’accompagnement du PNUD. Avec le même engouement, Maritsara poursuivit « Nous avons retrouvé notre place dans la communauté, nous participons maintenant aux réunions communautaires et apportons des contributions aux décisions qui concernent notre communauté. Nos activités nous permettent de nourrir nos enfants, payer leurs écolages. Nous avons gagné le respect. Nos maris n’osent plus se séparer de nous et abandonner nos enfants ».

La situation des femmes est en effet critique dans la Région Atsimo Atsinanana. Souvent, elles y élèvent seules leurs enfants, car, acceptés par la coutume, concubinage et polygamie favorisent l’abandon des familles. Sans engagement légal, les hommes peuvent les quitter sans aucune obligation, même alimentaire. La tradition leur refuse également le droit à l’héritage foncier des parents. La majorité, analphabètes, avec beaucoup d’enfants à charge, n’ont ni terres ni ressources. Pour survivre, elles se contentent de riziculture traditionnelle sur des terres empruntées, contre 50% de récolte. Pour les charges de production, elles recourent aux usuriers, remboursés au double à cause des intérêts prohibitifs. Menaces permanentes, inondations et cyclones empirent parfois la situation en détruisant les cultures. Tenant compte de ce contexte, le PNUD lança en 2010  un projet d’autonomisation des femmes et des filles mères vulnérables du Sud-Est. Sensibilisation envers les Droits des Femmes, renforcement de capacités techniques et organisationnelles, professionnalisation dans les filières porteuses sont menées en partenariat avec les communes, les communautés cibles, les services techniques et décentralisés clés et les organisations de la société civile. L’objectif était d’accroître leur production, d’améliorer leur niveau et qualité de vie. Ce projet a été relayé en 2012-2013 par l’appui à la participation accrue des femmes aux décisions communautaires à travers l’amélioration de l’exercice de leurs droits civils et économiques. Les chefs traditionnels ont joué un rôle clé dans cette transformation sociétale. « Nous avons constaté que les femmes peuvent contribuer au développement du foyer et de la communauté. Nous ne pouvons que soutenir cela. Nous sommes convaincus que les hommes et les femmes ont les mêmes droits » déclara ainsi Rabakara, l’ampanjaka, en conclusion à la série de témoignage sur les enjeux de l’égalité du genre.

Ces leçons apprises de la délégation de Farafangana ont marqué l’assistance et ont inspiré plus d’unes et d’uns. Les recommandations à l’adresse des responsables locaux et centraux, à l’adresse des chefs traditionnels et pour les femmes elles-mêmes n’ont pas tari pour mieux prendre en compte le genre à Vangaindrano. On parla entre autre d’une meilleure prise de responsabilité de l’administration dans la mise à jour et l’application des textes, de la promotion et de la facilitation de l’éducation des filles, de mobilisation de ressources pour appuyer davantage l’autonomisation des femmes, de davantage d’appui des chefs traditionnels dans le plaidoyer pour la promotion des droits de la femme et de plus d’initiatives de développement et de solidarité de la part des femmes.

« Je suis satisfaite de ce choix de la célébration nationale de la journée internationale de la femme à Vangaindrano. Nous avons pu traiter les questions sensibles sur le respect des droits de la femme. Le défi est que les femmes doivent toujours penser aux solutions non aux obstacles et problèmes » annonça Olga Vaomalala, Ministre de la population et de l’action sociale à la fin de cet atelier de sensibilisation sur le genre. Par ailleurs, elle a noté que la célébration du 8 mars, journée internationale de la femme dépasse le cadre de fête pour les femmes, il s’agissait surtout d’une journée de réflexion et de recherche de solutions sur les sujets touchant les femmes »

Les recommandations de cet atelier ont intégré les discours officiels lors de la cérémonie officielle de célébration nationale du 8 mars, organisée pour la première fois dans ce district de la région Atsimo Atsinanana. Elles servaient d’éléments de plaidoyer pour la promotion et l’intégration du genre dans les pratiques de l’administration publique, dans les actions menées par les chefs traditionnels et dans l’attitude des femmes elles-mêmes.  Une marche des femmes et des promoteurs de la notion du genre et des stands d’exposition des réalisations des associations de femmes ont marqué la célébration. Les femmes de Farafangana étaient présentes à l’événement pour partager leurs expériences et continuer à rechercher des débouchés pour leurs produits

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