Stabiliser les dunes pour préserver les moyens de subsistance de la population de Lanirano

16 déc. 2013

imageLES MANGROVES DE LANIRANO ENVAHIES PAR LES DUNES

Vorike est un pêcheur originaire de la région Atsimo Andrefana chez qui l’évocation du mot « dunes » réveille de douloureux souvenirs. En 1968, alors qu’il n’avait que 5 ans, les mangroves qui représentaient pour les habitants de son village natal et pour sa famille en particulier, le principal gagne-pain furent envahies par les dunes, obligeant les habitants d’Androka à se déplacer loin des berges du canal de Mozambique. Trente-sept années plus tard, en 2005, suite aux ravages causés par le cyclone « Ernest », tout le village a dû migrer de nouveau à l’intérieur des terres, abandonnant définitivement les mangroves. Aujourd’hui, Vorike et sa famille vivent très loin du littoral, à Lanirano, une des communes du sud-ouest de Madagascar les plus touchées par la migration en raison de la dégradation des terres.
Le regard perdu sur les rares palétuviers de Lanirano qui résistent encore aux dunes meurtrières s’étendant sur une surface grande comme cinq terrains de football, Vorike raconte :« Ma famille vivait à cet endroit précis. Nous y menions une existence simple et heureuse. Il suffisait de se pencher pour ramasser crabes et crevettes à la pelle. Depuis que la rivière Linta est envahie par le sable, l’eau ne remonte plus jusqu’aux mangroves et le cours de notre vie en est bouleversé ». « Aujourd’hui, nos enfants arrêtent l’école à l’âge de 14 ans, car nous sommes incapables de payer leur scolarité », nous confie Vorike.  
La région du sud de Madagascar se caractérise par un climat de type semi-aride, avec une saison sèche relativement longue - neuf mois par an -, et une saison des pluies très courte avec des précipitations faibles et souvent irrégulières. Cette situation expose en permanence la population locale aux problèmes d’accès à l’eau potable. Par ailleurs, le tarissement des lits de rivière et la formation de dunes y deviennent des phénomènes quasi-permanents.
Les pêcheurs de Lanirano sont soit obligés de marcher cinq kilomètres tous les jours pour sauvegarder leurs moyens de subsistance, et de se reconvertir dans d’autres activités. Vorike a abandonné, comme la plupart de ses voisins, la pêche pour pratiquer une agriculture peu intensive et un élevage extensif. Le recours à ce mode d’élevage entraîne pourtant le surpâturage. Les effets combinés de la coupe du bois de chauffe pour les besoins domestiques, la fabrication de charbon de bois destiné à la vente et la construction des cases accentuent par ailleurs le phénomène de déforestation de la zone. Une grande partie de la végétation originelle ayant été défrichée, le mouvement des dunes de sable est devenu une menace permanente pour la maigre végétation et une préoccupation majeure pour les habitants de la commune.   
Sous l’impulsion du ministère de l’Environnement, des Eaux et forêts et de World Wide Fund (WWF) et avec l’appui financier du PNUD et du Fonds mondial pour l’environnement (GEF), le projet SLM « Sustainable Land Management » est mené dans l’extrême Sud du pays. Il permet de développer un modèle de gestion durable des terres, testé en milieu réel pour une éventuelle réplication dans des contextes similaires. L’approche consiste à améliorer durablement les conditions de vie de la population locale en augmentant la productivité des terres, notamment à travers la préservation de l’environnement et la réduction des conflits liés à l’accès aux ressources naturelles. En étroite collaboration avec le département des Sciences de la Terre de l’université d’Antananarivo, le projet a réalisé une étude permettant de planifier les actions à mettre en œuvre pour endiguer l’avancée des dunes. Depuis 2011, le centre alimente régulièrement en données la direction générale de la météorologie lui permettant d’effectuer les projections climatiques de la zone avec plus de précision.
Cette année, des terres abandonnées dans les zones sablonneuses ont été récupérées pour y planter des ricins, associés à des cultures fertilisantes pour la restauration du sol. Dès la restauration de la qualité du sol, des cultures vivrières y seront menées. Le projet a ainsi testé plusieurs options agricoles. De plus, le projet accompagne la population et les autorités locales à établir des schémas d’aménagement des terroirs qui tiennent compte des réalités locales. Un centre d’échanges est en train de voir le jour dans la commune d’Androka pour permettre le partage d’expériences, et diffuser les informations sur les pratiques agricoles qui ont donné de bons résultats ailleurs et enfin accéder à des informations et formations touchant la gestion et l’exploitation durable des terres.
Avec l’action du PNUD et de ses partenaires, la famille de Vorike et toute la population de Lanirano peuvent désormais envisager l’avenir sous de meilleurs auspices.