Ranja Ramampy : Mieux formée pour affronter les élections

12 déc. 2013

image REMISE DE CERTIFICAT A RANJA APRES LA FORMATION DE MAJUNGA

L’esprit vif, RanjaRamampy, la trentaine, projette l’image d’une jeune femme déterminée. Cette jeune Malgache, journaliste de profession, est debout aux aurores. Munie de sa caméra, elle se rend à son lieu de travail, la Radiotélévision de Sofia à Fianarantsoa, une ville située à 400 km de la capitale, Antananarivo.
Habituellement, Ranja fait son entrée sur le plateau vers 8 h 30. Le programme de sa journée lui est communiqué la veille au cours de la réunion de rédaction.
Après le reportage et le traitement des informations collectées sur le terrain, Ranja passe le reste de sa journée à l’antenne de la radio.
Fille de réalisateur, Ranja a obtenu son diplôme en communication au département d’études françaises de l’université d’Antananarivo. Elle s’est prise de passion pour le journalisme dès son jeune âge. Mais la crise post-électorale de 2002 n’avait pas épargné ce métier qu’elle exercait depuis près d’une douzaine d’années. Elle a dû pendant cette période trouble arrêter sa carrière pendant sept longues années. « J’étais à l’antenne ce jour-là, lorsque j’ai appris que la station radio voisine avait été brûlée par les manifestants qui se dirigeaient vers la nôtre », raconte-elle. « En quelques minutes, j’ai dû ranger tout mon matériel et me mettre à l’abri ».
À cette époque, les formations en matière de communication électorale ne profitaient qu’à quelques journalistes travaillant dans la capitale. Ceux de Fianarantsoa n’avaient pas eu l’opportunité d’en bénéficier pour faire face à des émeutes.
« L’enchaînement des crises politiques à Madagascar nous éprouvait physiquement et psychologiquement et nous n’avions aucune emprise sur les drames qui se nouaient devant nos yeux. De plus, la pression des patrons de presse était telle que, sans le vouloir nous, les journalistes, contribuions à exacerber les tensions au lieu de les dissiper et tout cela a fortement contribué à mon repli. Aujourd’hui, nombreux sont les journalistes qui ne jouent pas leur rôle d’informateur. Ils préfèrent jeter de l’huile sur le feu plutôt que de contribuer à l’apaisement des tensions, car les organes pour lesquels ils travaillent appartiennent à des politiques ».
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a organisé, en collaboration avec le Centre d’Information des Nations unies (CINU), l’UNESCO et la Commission Electorale Nationale Indépendante de la Transition (CENI-T), l’Agence nationale de presse Malagasy (ANTA), Gender links et PACTE, deux séries de formation, lancées à partir d’octobre 2012, à l’attention des journalistes sur le thème « Élections et journalisme : maîtrise des opérations – repères professionnels et déontologiques ». L’objectif était de diffuser auprès des professionnels des médias les règles essentielles déontologiques et éthiques dans un contexte électoral au travers d’une charte d’engagement pour la couverture de la période électorale.
Ranja fait partie des 105 journalistes formés par le PNUD et se sent mieux armée pour affronter les prochaines échéances électorales. « Participer à ces séries de formations permettra aux journalistes de travailler avec plus de professionnalisme et de contribuer à un processus de sortie de crise apaisé au moment où Madagascar s’apprête à tourner une page douloureuse de son histoire politique récente, à travers la tenue d’élections libres, transparentes et crédibles ».
« Je possède maintenant plus d’aptitudes pour pouvoir affronter l’actualité parce que la deuxième série a abordé des sujets plus pratiques comme le monitoring des médias, l’analyse des faits, la recherche des sources de conflits, etc. Nous avons désormais un avantage par rapport à notre audience et c’est déjà un pas vers la gestion des opinions », indique-t-elle d’un air satisfait.
Ranja a mis ses connaissances au service de son employeur et en retour, son rédacteur en chef a décidé de créer une rubrique spéciale dédiée aux élections.
Ranja est décidée à lutter contre l’obscurantisme. « Si quelqu’un essaie intentionnellement de manipuler l’opinion publique et de la mettre dans l’obscurité, moi, je trouverai les moyens de l’en dissuader en recherchant là où il faut la bonne information. Auparavant, j’avais l’intention de bien informer mes auditeurs, à présent je possède les compétences pour bien faire mon travail », conclut-elle. Son souhait est de voir tous les journalistes politiques bénéficier de cette formation afin de contribuer par leur plume ou leur voix à l’instauration d’un climat électoral serein et apaisé.